Voix vives
Voix vives
156 Mardi 07 Août 2018
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Une soirée consacrée à la poésie dans le cadre du festival international d’Hammamet ? Un pari risqué, une expérience  inédite, finalement menée jusqu’au bout par l’équipe organisatrice de la 54ème édition.

 

La soirée poétique du 6 aout 2018, organisée dans l’enceinte de la maison Sebastien restera gravée longtemps dans les anales des festivaliers présents en masse pour s’enivrer des textes du grand Adonis et de son cercle de poètes éclatants composé d’Oumama Zaier, Ahmed Chaker ben Dhaya, Adam Fethi ; la soirée a été présenté par le poète Aymen Hacen.

Un parterre de spectateurs majoritairement adultes, accompagné de leurs enfants ont pris place dans la grande salle de la villa Sebastian. Cadre idyllique pour une nuit qui s’annonce aussi magique que les précédentes. Face à la prouesse verbale d’une poignée de poètes contemporains triés sur le volet, ils n’ont pu résister aux textes envoutants de ces ambassadeurs des valeurs humaines et des sentiments humains sacrés tels que l’amour, la paix, le patriotisme, l’amitié… 

Le grand poète arabe Adonis a conquis la salle grâce à sa présence mythique soutenue par trois poètes tunisiens, la douce Oumama Zaier, Adam Fethi et Ahmed Chaker ben Dhaya, des pointures qui l’ont précédé lors de la soirée. 22h, point de départ  d’une frénésie verbale dans un cadre douillet, à l’abri des intempéries inattendues du weekend.

Berçant la foule grâce à son piano, la virtuose Ikbel Hamzaoui a accompagné Oumama Zaier lors d’un récital qui a agit tel une berceuse. Poésie musicale rythmique, légère et fine à l’image de l’atmosphère régnante.

La poétesse a commencé avec des textes consacrés à l’éloge de la vie à deux et au mari, le compagnon de toute une vie racontant l’amour et la passion. « Mauvaises habitudes », titre traduit de l’arabe en français et texte présenté toujours en langue arabe, est un coup de poing aux lecteurs et aux auditeurs qui condamnent l’émancipation de la femme dans le monde arabe. Des paroles qui transcendent l’espace / temps.

Ahmed Chaker ben Dhaya a enchainé, toujours avec Ikbel Hamzaoui. Ce poète électrise son public grâce au poids de ses mots destinés à agir tel un remède aux maux de ses auditeurs. Des messages, précis, audacieux, transgressifs. « Il n’a rien dit », poème fusionnant amour et peur a marqué les esprits. La grande découverte fut celle de sa poésie récitée et écrite en langage tunisien parlé.

Adam Fathi, le dompteur des mots a pris le flambeau et a su maintenir l’intérêt du public,  grâce à sa présence hors du commun et à un charisme hors-pair. Des paroles qui oscillent fiction et réalité, puisés dans un imaginaire riche. Son récital composé d’une succession de questions a ébranlé l’audience.

Invité de prestige, Adonis, l’un des poètes contemporains le plus influents de notre époque a gardé le meilleur pour la fin. Toujours dans le renouveau et l‘actualité, ce poète se laisse toujours écouté par les petits et les grands. Sa capacité a mobilisé la foule n’a d’égal que la puissance de ses mots. Son texte intitulé « Le temps » est un hymne à la vie, mais aussi à son revers laid  comme la trahison et les aléas de l’existence. La poésie est son arme, sa manière de lutter, un moyen de vivre dignement. Cette nuit fut magique rassemblant culture et spiritualité, engagement et divertissement.

Le 7 aout 2018, place à la danse espagnole de l’iconique Patricia Guerrero qui viendra présenter son spectacle « Catedral » avec toute sa troupe. La vocalise accompagnera les mouvements scéniques et chorégraphiques d’un concentré d’artistes espagnoles multidisciplinaires particulièrement talentueux. Traitant du sacré, le spectacle est une cacophonie divertissante de qualité.